Pourquoi automatiser
En bourse, la difficulté est rarement de trouver une bonne méthode. Elle est de l'appliquer sans faillir, tous les jours, y compris ceux où le marché donne envie de faire autrement. L'automatisation résout exactement ce problème : le programme exécute la stratégie à la lettre, sans état d'âme.
Notre client a une méthode. Il la connaît bien et il est convaincu qu'elle marche quand il la suit. Restent le soir de baisse où il coupe trop tôt et le soir de hausse où il garde trop longtemps ; mis bout à bout, ces écarts finissent par coûter plus cher que le rendement de la méthode elle-même.
Il nous a donc demandé d'automatiser l'application de sa méthode. Nous lui livrons un email chaque soir, après la clôture de New York. Il porte un verdict et rien d'autre — acheter, vendre ou ne rien faire — et les ordres à programmer avant l'ouverture du lendemain.
Le travail s'est déroulé en trois temps.
Cadrage : la méthode mise par écrit
Nous avons d'abord traduit la méthode en règles qu'un programme applique sans interprétation. « J'achète quand la valeur est bien orientée » ne se code pas : il faut dire sur quel cours, à quel moment de la séance, et ce qui se passe quand deux conditions se contredisent.
Trois questions ont structuré l'entretien. Sur quoi porte le choix des valeurs ? À quel signal entre-t-on et sort-on ? Quelle part du capital revient à chaque position ? Les deux sections qui suivent donnent le résultat de ce cadrage, tel que le client l'a validé. Les seuils exacts lui appartiennent et ne sont pas publiés ici.
La sélection des valeurs
Deux fois par an, en mai et en novembre, un scan passe en revue un mois complet de cotations. L'univers réunit les cent valeurs du Nasdaq-100 et les valeurs du secteur énergie du S&P 500, soit environ 120 candidats. Le panier retenu entre en portefeuille le premier jour de bourse du mois suivant.
Chaque candidat passe quatre filtres, dans cet ordre :
- Liquidité. Le cours dépasse 1 USD et la valeur traite chaque jour un volume significatif. Il faut pouvoir entrer et sortir sans déplacer le marché.
- Tendance de fond. La valeur se trouve dans ce que Stan Weinstein appelle le stade 2, la phase de hausse installée qui suit l'accumulation. Nous n'achetons pas un creux, nous achetons une tendance déjà en place.
- Force relative. La valeur fait mieux que le marché américain, et pas seulement mieux que zéro : une hausse de 5 % ne vaut rien si l'indice en a fait 8.
- Volume relatif. Les échanges s'intensifient par rapport à leur régime habituel, ce qui montre que des capitaux se placent sur la valeur.
Le scan classe ensuite les valeurs qui passent les quatre filtres par la moyenne de leur rang de force relative et de leur rang de volume ; les cinq premières forment le panier. Au scan suivant, celles qui tiennent encore leur tendance gardent leur position ouverte et seules les autres sont remplacées. Renouveler tout le panier à chaque fois coûterait des frais et priverait les positions du temps dont elles ont besoin pour travailler.
Les règles d'achat et de vente
Chaque valeur du panier reçoit un cinquième du capital. Deux indicateurs seulement pilotent les entrées et les sorties : le RSI de la valeur, qui mesure la vigueur de son mouvement récent, et l'état du marché américain, que donne la position de l'indice Nasdaq par rapport à sa moyenne longue.
Le RSI sert de garde-fou aux deux bouts. Nous n'achetons pas une valeur dont le mouvement est déjà tendu, et nous vendons quand il s'emballe franchement au-delà de ce niveau. Cette double borne évite d'entrer sur une envolée qui se termine et de rester en place quand elle se retourne.
| Règle | Achat | Vente | Ce qu'elle apporte |
|---|---|---|---|
| A16 | Nasdaq au-dessus de sa moyenne longue et RSI pas trop haut | deux clôtures du Nasdaq sous sa moyenne longue, ou RSI qui s'emballe | la règle de base : investie quand le marché monte, en cash quand il casse |
| A24 | comme A16 ; en marché baissier, l'achat redevient possible si le Nasdaq tient trois clôtures au-dessus de sa Kijun 26 jours | comme A16 ; en marché baissier, une clôture du Nasdaq sous la Kijun | elle prend les rebonds sans attendre le retour au-dessus de la moyenne, et elle donne le meilleur résultat des trois sur vingt ans |
| A25 | RSI pas trop haut, sur toute la poche en marché porteur et sur la moitié sinon | RSI qui s'emballe | elle reste toujours partiellement investie, si bien qu'une cassure ne coûte que la moitié de la position |
La convention d'exécution est la même dans l'étude et dans le suivi en direct. Le programme lit la règle sur le cours de clôture et passe l'ordre à l'ouverture de la séance suivante, jamais au cours qui a produit le signal : c'est ce qui sépare une simulation honnête d'une simulation flatteuse. Chaque exécution coûte 10 points de base, moitié en commission, moitié en glissement de prix.
Backtest et optimisation : vingt ans de simulations
Nous avons ensuite simulé la méthode de décembre 2005 à novembre 2025 en faisant varier trois choses : la sélection, les règles et le levier. Chaque variante part de 100 000 USD, traverse quarante fenêtres de six mois et paie ses frais à chaque exécution.
Nous ne jugeons pas sur un seul chiffre. Une courbe qui finit plus haut mais qui passe par un repli de 80 % ne tient pas : personne ne la suit jusqu'au bout, et c'est justement le problème que nous cherchions à résoudre. Nous lisons donc quatre indicateurs ensemble, le capital final, le pire repli, le ratio de Sharpe et le nombre de fenêtres gagnées.
Une précaution majeure consiste à reconstituer l'univers d'investissement tel qu'il existait à chaque instant : l'univers de chaque scan est la composition de l'indice à cette date, et non celle d'aujourd'hui. Sans elle, nous ne testerions que les gagnants connus d'avance.
Vingt ans sur actions, 2005-2025
La démonstration enchaîne quarante fenêtres de six mois, de décembre 2005 à novembre 2025, avec le panier daté de chaque scan et 100 000 USD au départ. Pour chaque scan de l'étude, l'univers Nasdaq-100 est la composition de l'indice à cette date, pas celle d'aujourd'hui. Une valeur sortie de l'indice depuis reste candidate pour les périodes où elle en faisait partie. Cette précaution réduit le biais de survie, qui consiste à ne tester que les gagnants d'aujourd'hui. La liste énergie, elle, est celle de 2022 sur toute la période : elle n'a pas été reconstituée. L'échelle verticale est logarithmique : une même pente correspond au même taux de croissance, en 2006 comme en 2024.
| Stratégie | Capital final (USD) | Rendement annualisé | Pire repli | Sharpe | Sortino | Fenêtres gagnées |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Buy & Hold | 1 037 514 | +12,4 % | −72 % | 0,55 | — | — |
| A16 | 1 144 738 | +13,0 % | −38 % | 0,65 | — | 17 / 40 |
| A24 | 1 312 607 | +13,7 % | −40 % | 0,67 | — | 18 / 40 |
| A25 | 1 163 442 | +13,1 % | −57 % | 0,63 | — | 13 / 40 |
Le Buy & Hold sert de référence : les mêmes cinq valeurs, achetées à leur entrée dans le panier et conservées sans règle. Les trois règles terminent au-dessus de lui, avec un repli maximal plus faible (−38 à −57 % contre −72 % pour le Buy & Hold en 2008). A24 est retenue comme moteur du suivi. Elle donne le meilleur capital final et le meilleur ratio de Sharpe, et son régime baissier ouvre des entrées que les deux autres n'ont pas.
Le levier par turbo call
Un turbo call est un certificat émis par une banque. Il réplique une action avec un levier : avec un levier 3, une hausse de 1 % de l'action fait gagner environ 3 % au certificat, et une baisse de 1 % lui fait perdre 3 %. Le prix du certificat correspond, à peu de chose près, à l'écart entre le cours de l'action et un niveau appelé barrière, placé ici environ un tiers sous le cours d'entrée. Si l'action touche la barrière, le certificat est désactivé et la mise est perdue. La barrière monte chaque jour, d'environ 8,6 % par an sur les actions américaines. C'est le coût du financement prélevé par l'émetteur. S'y ajoute l'écart entre prix d'achat et prix de vente.
Les trois règles ont été relancées avec toute la poche placée en turbo ×3 à chaque signal d'achat, désactivation sur le plus bas de séance et rachat cinq séances plus tard si le signal est toujours à l'achat. Ces variantes portent les noms A42, A45 et A46.
| Stratégie | Capital final (USD) | Rendement annualisé | Pire repli | Sharpe | Sortino | Fenêtres gagnées |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Buy & Hold | 1 038 865 | +12,4 % | −72 % | 0,55 | 0,78 | — |
| A42 | 3 883 594 | +20,1 % | −76 % | 0,61 | 0,89 | 24 / 40 |
| A45 | 5 668 540 | +22,4 % | −79 % | 0,64 | 0,93 | 24 / 40 |
| A46 | 3 848 078 | +20,0 % | −87 % | 0,61 | 0,87 | 20 / 40 |
Le levier multiplie le rendement annualisé par 1,5 à 1,7 et double le pire repli. A45 termine loin devant, mais elle a perdu 79 % de sa valeur entre novembre 2022 et octobre 2023, quand les rebonds ratés d'un marché baissier ont été payés trois fois. Le ratio de Sharpe ne progresse pas : le levier n'améliore pas la qualité des signaux, il amplifie leurs résultats. Pour cette raison, le suivi en direct est une simulation à taille réelle, pas un compte réel.
Les variantes écartées
Nous avons comparé avant de choisir. Sur les mêmes vingt ans, nous avons mesuré plusieurs variantes a priori raisonnables, puis nous les avons écartées. Le tableau donne le capital final d'A24 dans chaque cas.
| Variante | Capital final A24 (USD) | Écart | Pourquoi |
|---|---|---|---|
| Rotation semestrielle partielle, positions portées (retenue) | 1 312 607 | +0,0 % | la référence : les titres encore au-dessus de leur moyenne longue sont conservés d'une fenêtre à l'autre |
| Rotation trimestrielle | 1 043 974 | −20,5 % | rescanner tous les trois mois remplace des titres qui n'ont pas eu le temps de travailler |
| Conservation exigeant deux clôtures au-dessus de la moyenne | 1 123 862 | −14,4 % | la décision n'étant prise que deux fois par an, la tolérance ne filtre aucun bruit et retarde de vraies sorties d'une fenêtre entière |
| Filtre de marché par l'ETF sectoriel GICS de chaque titre | 865 458 | −34,1 % | les valeurs retenues suivent le Nasdaq bien plus que leur secteur, et les ETF sectoriels passent plus souvent sous leur moyenne longue |
| Filtre de marché unique par le SPY | 834 972 | −36,4 % | le S&P 500 casse plus souvent sa moyenne longue que le Nasdaq et rebondit après lui |
| Filtre de marché calmé (bande d'hystérésis, clôture hebdomadaire, rachat lent) | — | voir libellé | les trois variantes coûtent de 12 à 38 % du capital final : un faux signal du QQQ coûte peu, une sortie retardée coûte beaucoup |
Ces essais mènent tous à la même conclusion. Sur des valeurs volatiles, tout ce qui retarde une sortie coûte plus cher que les faux signaux évités, et tout ce qui raccourcit la durée de détention prive les positions du temps nécessaire pour progresser.
Données et méthode : biais de survie, biais d'anticipation et frais de transaction
Les chiffres de cette page reposent sur les choix suivants.
- Source des cours. Cours quotidiens fournis par Yahoo Finance.
- Composition du Nasdaq-100. Reconstituée à chaque date de scan à partir des 211 changements datés publiés sur la page Wikipedia « Historical components of the Nasdaq-100 », défaits à rebours jusqu'en 2005.
- Univers énergie. La liste du secteur énergie du S&P 500 de 2022, fixe sur toute la période.
- Valeurs radiées. 57 des 123 valeurs de novembre 2005 ne sont plus disponibles chez le fournisseur et manquent à la simulation.
- Période et capital. De décembre 2005 à novembre 2025, avec 100 000 USD au départ.
- Exécution. Le signal est lu sur le cours de clôture et l'ordre est exécuté à l'ouverture de la séance suivante.
- Frais. 0,1 % par exécution, moitié en commission, moitié en glissement de prix.
- Biais d'anticipation. Un test automatisé multiplie par des facteurs de 10 à 50 tous les cours postérieurs à une date de coupure et exige que les décisions antérieures à cette date restent identiques. Il fait partie des tests automatisés relancés à chaque modification du programme.
Production : un email chaque soir
Une stratégie validée ne vaut que si elle est appliquée chaque soir, sans exception. La mise en production ne retire pas la décision au client : la règle reste la sienne et il peut la changer quand il le souhaite. Ce que l'automatisation ajoute, c'est une application fiable chaque soir, une surveillance continue et une trace de chaque verdict.
Le dispositif tient sur un serveur, une tâche planifiée et un programme. Après la clôture de New York, le programme télécharge les cours du jour, relance la simulation depuis le premier jour, passe une série de contrôles, puis envoie un email portant l'un des trois verdicts : ACHETER, VENDRE ou RIEN À FAIRE. Le client programme ses ordres le lendemain matin, avant l'ouverture.
Rien n'est saisi à la main, rien n'est arbitré à la main. À cours identiques, le programme produit le même ordre, que la semaine ait été bonne ou mauvaise.
Le passage des ordres reste ici entre les mains du client : c'est son choix, il tient à garder ce dernier geste. Il peut être automatisé à son tour et les ordres partir directement chez le courtier, dès lors que celui-ci expose une interface pour les recevoir.
Le déroulement de chaque soir
Le dispositif repose sur un serveur, une tâche planifiée et un programme qui suit un algorithme. Aucune donnée n'est saisie à la main.
- 22 h 00, ParisNew York clôture.
- 23 h 15La tâche planifiée lance le programme, du lundi au vendredi.
- CoursLe programme télécharge les clôtures du jour des cinq valeurs, du QQQ, du SPY et de l'EUR/USD, puis les met en cache.
- MoteurLe programme relance la simulation depuis le 1 déc. 2025 avec les produits réels : signaux A24, achats et ventes à l'ouverture suivante, valorisation au bid, désactivations. Les références (Buy & Hold, A24 sur actions, moteur sur turbos synthétiques) sont recalculées sur les mêmes cours.
- ContrôlesLe programme vérifie que les données du jour sont présentes, que les barres sont alignées, que les dates d'exécution correspondent à celles du moteur et que les ISIN sont valides. Il lit aussi la fiche de chaque produit chez son émetteur : cotation en cours, bid et ask réels, barrière conforme.
- Email et pageL'email part avec les ordres du jour en tête. Cette page est régénérée au même moment. Un contrôle en échec ne bloque jamais l'envoi : il apparaît dans l'email avec la consigne à suivre.
- Le matinLes ordres sont lus dans l'email et programmés chez le courtier avant l'ouverture de New York à 15 h 30.
Les produits suivis actuellement, un par valeur, ont été choisis pour une barrière proche des deux tiers du cours d'entrée et une date d'émission antérieure au démarrage :
| Valeur | Émetteur | Produit | Code | ISIN | Émis le | Barrière (USD) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| IDXX | Société Générale | BEST Turbo Call open end IDEXX Laboratories | SX3S88 | DE000SX3S883 | 24 avr. 2025 | 462,62 |
| BIIB | UniCredit | HVB Turbo Bull open end Biogen | UG5EG8 | DE000UG5EG86 | 22 avr. 2025 | 124,85 |
| AMGN | HSBC | Turbo Call open end Amgen | TT1RUT | DE000TT1RUT5 | 31 mars 2020 | 237,02 |
| MAR | Société Générale | BEST Turbo Call open end Marriott International | SX7Q8X | DE000SX7Q8X8 | 11 avr. 2025 | 230,77 |
| GOOGL | Société Générale | BEST Turbo Call open end Alphabet A | FC0P2P | DE000FC0P2P6 | 12 sept. 2025 | 226,75 |
Si un produit est désactivé, la poche attend cinq séances puis rachète le produit suivant déclaré pour la valeur. S'il n'y en a pas, l'email signale « produit à choisir ».
Limites
- Les chiffres de cette page proviennent de simulations sur vingt ans, et non d'un historique d'ordres réellement passés.
- Un signal est exécuté avec un jour de décalage, à l'ouverture suivante. Un écart d'ouverture défavorable se répercute sur le résultat.
- Avec un levier 3, un repli proche de −80 % s'est déjà produit et peut se reproduire. Une désactivation fait perdre la totalité de la poche concernée.
- Les résultats passés, même corrigés du biais de survie autant que les données historiques disponibles le permettent, ne garantissent rien sur les résultats futurs.
- Le fournisseur de cours ne distribue plus l'historique des sociétés radiées de la cote : 57 des 123 valeurs de l'univers de novembre 2005 sont introuvables. Les faillites et les rachats qu'elles comptent manquent donc à la simulation, et leur effet net sur le résultat est inconnu.
- La liste énergie du S&P 500 est celle de 2022, appliquée à toute la période : c'est un second biais de sélection rétrospectif, plus petit que le premier.
- Transtorm ne conçoit ni ne recommande de stratégies d'investissement : nous formalisons, testons et automatisons les règles que le client nous fournit.
La démarche au-delà de ce projet
Ce que l'automatisation apporte ici vaut bien au-delà de cette stratégie : le programme applique la règle telle qu'elle a été écrite, chaque jour, sans se demander si le moment est bien choisi. Les trois temps s'appliquent dès qu'une décision revient régulièrement et repose sur des règles que l'on connaît sans toujours les suivre. Le cadrage transforme la méthode en règles exécutables, l'optimisation montre lesquelles tiennent sur longue période, la production l'applique chaque soir, la surveille et en garde la trace, sans retirer la règle des mains du client.
Le code, les données et les résultats restent la propriété du client. C'est pour cette raison que les seuils exacts de sélection et de RSI ne figurent pas sur cette page.